Comme chaque année, le lycée Dupuy de Lôme propose un séjour pédagogique sur de grands sites archéologiques du monde grec ou romain.

Dimanche 18 mars 2018

L’Acropole et de son Musée, le Musée archéologique national, le cimetière du Céramique.

 

 

 

 

 

 

Pour le plaisir, écoutons le poème de Georges Séféris (1900-1971) intitulé… « Mycènes »

 

 

« Donne-moi tes mains, donne-moi tes mains, donne-moi tes mains.

J’ai vu dans la nuit

La cime aiguë de la montagne ;

J’ai vu la plaine noyée au loin

Dans la clarté d’une lune invisible

J’ai vu, tournant la tête,

Les pierres noires amoncelées,

Ma vie tendue comme une corde,

Début et fin,

L’ultime instant

Mes mains.

 

“ Comme sombre celui qui porte les grandes pierres.’’

Ces pierres je les ai soulevées autant que je l’ai pu

Ces pierres je les ai aimées autant que je l’ai pu

Ces pierres, mon destin.

Par mon sol même mutilé

Par ma tunique même supplicié,

Par mes dieux même condamné,

Ces pierres.

 

Je sais qu’ils ne peuvent savoir, mais moi

Qui tant de fois ai pris

La voie qui mène du meurtrier à la victime

De la victime au châtiment

Du châtiment au nouveau meurtre :

A tâtons

Dans la pourpre intarissable

Le soir de ce retour

Quand se mirent à siffler les Erinyes

Parmi l’herbe rare

J’ai vu les serpents et les vipères entrelacés

Lovés sur la race maudite

Notre destin.

 

Voix jaillies de la pierre, du sommeil

Plus sourdes ici où s’assombrit le monde,

Souvenir de l’effort s’enracinant dans le rythme

De pieds oubliés frappant le sol.

Corps engloutis dans les assises

De l’autre temps, nus. Yeux

Fixés, fixés sur un point

Que tu cherches à discerner mais en vain-

L’âme

Qui lutte pour devenir ton âme.

 

Le silence même n’est plus à toi

En ce lieu où les meules ont cessé de tourner. »

Poèmes, Octobre 1935. Traduction: Yves Bonnefoy

Mardi 20 mars

Olympie,  le golfe de Corinthe de Rion à Antirion, Naupacte.

Georges Séféris déclare dans ses Poésies, « Je suis né à Olympie »…

 

 

« J’ai fait mes premiers pas sur la poussière millénaire sous l’ombre grandiose des ruines sacrées.

J’ai joué dans le stade antique, sur la terre foulée par les dieux et les héros.

J’ai entendu les pierres raconter au vent les mythes et les légendes.

Sous la lumière pâle et reposante du soleil couchant ou dans l’éclat du soleil de l’été,

Mes yeux innocents considéraient comme naturelle la beauté indicible des statues et des monuments

Naturel comme le mouvement de la mer et l’odeur des pins

L’Hermès de Praxitèle. La Victoire de Paionios. Le temple d’Héra. L’Autel de Zeus.

Et dans mes rêves j’ai vu la Victoire me couronner d’un rameau d’olivier sauvage.

 

Je suis né à Olympie!

Et dès mes premiers pas, je me heurte à l’histoire.

Les statues m’ont appris la beauté et m’ont enseigné la sérénité.

Je perçois avec mes doigts le toucher de Praxitèle sur les pierres.

Je caresse les colonnes lézardées et vois le soleil avec des yeux nouveaux.

Un jour, ici, s’est battu Héraclès.

Un jour, ici, a marché Diagoras.

Un jour, ici, est né l’Esprit Olympique.

La flamme sacrée s’est allumée et l’humanité s’est couverte de lumière.

Et la voie qui mène à l’humanisation de l’homme s’est ouverte… »

POESIE CONTEMPORAINE GRECQUE

Constantin Cavafy (1863-1933), « Un de leurs dieux 

 

Lorsque l’un d’eux traversait l’Agora de Séleucie,

A l’heure ou la nuit tombe,

Sous l’apparence d’un éphèbe,

Svelte et beau,

Aux cheveux noirs parfumés d’aromates

Et dont les yeux disent la joie d’être immortel.

Ceux qui passaient le contemplaient,

Se demandaient l’un l’autre s’ils le connaissaient.

 

 ” Est-ce un Hellène de Syrie ?

Un étranger ? “

 

Mais quelques-uns,

L’ayant observé de plus près,

Avaient compris… Et s’écartaient.

Et lui, disparaissant sous les Portiques,

Parmi les ombres et les lumières du soir,

Il s’en allait vers ces faubourgs où, la nuit, règnent

La débauche et l’orgie

Et toute espèce de luxures et d’ivresses.

El l’on se demandait lequel d’entre Eux

Ce pouvait être.

Et pour quel plaisir louche

Il descendait sur ces routes de Séleucie

Du haut des saintes,

Des éternelles Demeures.

 

Yannis Ritsos (1909-1990), « Pierres peintes »

 

Pierres peintes.

Beaux visages, beaux corps.

Ils t’indiffèrent.

Une cigarette se consume seule dans le cendrier-

fumée sur le toit d’une Ithaque disparue,

et Pénélope, à son métier,

morte.

Tous les podcasts ont été réalisés par les latinistes de 2°.

 

 

Carnet de voyage de Enora Lecluse, 1°L1, option Arts plastiques.